Accueil › Forums › Administratif et Pro › Codage d’applis par l’IA : progrès ou régression ?
Sabrina
Participant
Bonjour,
Cela fait plusieurs témoignages que je lis sur Internet, (le dernier était sur Igeneration si vous voulez y jeter un oeil), qui parlent de personnes qui parviennent à coder une app uniquement grâce à l’I.A., car elles ne savent absolument pas coder.
donc ça, a priori, c’est pas mal. Elles mettent 3 heures à sortir quelque chose qui aurait sans doute pris 5 jours à une personne qui sait coder, parfait.
Mais est-ce que quelqu’un a entendu parler des connaissances de l’I.A. en matière d’accessibilité? est-ce qu’il y a au moins une question avant de commencer à faire l’app du genre: « Souhaites-tu que ton app soit accessibles aux personnes mal-voyantes? »
parce que s’il n’y a rien de prévu, aucune modification ne pourra être apportée par le développeur, puisqu’il ne sait pas le faire… Ou alors il faudra que nous ayons recours à l’I.A. pour tenter de rendre accessible une app développée par elle-même, mais de manière inaccessible…
En revanche, si pour une fois, l’accessibilité pouvait ne pas avoir été négligée dès le départ, là ça pourrait être top. A priori, on n’aurait pas 1 bouton mal étiqueté sur 3, vu que logiquement, l’I.A. aurait bien étiqueté les 3.
Bref, ma question s’adresse plus particulièrement aux personnes qui vont sur des forums en anglais bien calés sur la question. A-t-on déjà un retour de la place de l’accessibilité dans le codage fait par I.A.? parce que là, ça peut être tout blanc ou tout noir… 😟
8 réponses
Mathieu Martin
Modérateur
Bonjour,
J’avoue être assez partagé sur la question.
De mon côté, j’ai déjà fait, et je suis encore en train de faire, des expérimentations sur ce sujet, notamment autour de la conception d’applications pensées spécifiquement pour l’accessibilité. Je n’ai pas zéro connaissance en code, mais je ne suis pas développeur pour autant. Dans mon cas, l’IA est donc indispensable.
Personnellement, j’utilise Codex. Ce n’est pas seulement un outil qui m’aide un peu : il peut vraiment produire le travail à ma place sur beaucoup d’aspects, et je dois reconnaître que c’est assez impressionnant. Il est d’ailleurs conçu pour ça, ce qui n’est pas exactement le rôle de base de ChatGPT.
En revanche, je pense qu’il y a aussi de vraies limites à cette approche. Si on commence à dire que le développement devient accessible à tout le monde grâce à l’IA, beaucoup de personnes totalement novices vont vouloir se lancer. Or, dans la réalité, il ne suffit pas de demander à l’IA “fais-moi une app qui fait ceci ou cela” pour obtenir un résultat sérieux.
Il faut quand même comprendre un minimum comment fonctionne une application, connaître ou au moins choisir le langage et les outils qu’on veut utiliser, se renseigner sur les bonnes pratiques d’accessibilité, puis être capable de transmettre tout cela correctement à l’IA. Autrement dit, à mon sens, c’est possible si l’on a déjà certaines bases, ou si l’on est prêt à les acquérir. Sinon, cela me paraît beaucoup plus compliqué.
Il ne faut pas non plus oublier les questions de sécurité, surtout si l’on veut proposer ou vendre son application sur un store, ni les questions de performances et de maintenance.
Donc, pour résumer, je ne pense pas que ce soit réellement à la portée du premier venu dès lors qu’on veut produire quelque chose de propre et de qualitatif. En revanche, avec un minimum de connaissances en amont, ou une vraie volonté d’apprendre, je pense que c’est faisable, et même assez bluffant.
Je suis moi aussi curieux d’avoir vos retours
Mathieu
Kevin
Maître des clés
Bonjour,
La question est passionnante, et je comprends très bien l’espoir que ces outils peuvent susciter. Ils sont capables d’accélérer énormément certaines étapes du développement, c’est indéniable. Mais avec un peu de recul, mon expérience me conduit à nuancer l’idée selon laquelle une application réellement aboutie pourrait naître uniquement de l’IA, sans autre forme de compétence derrière.
En pratique, l’IA produit du code, parfois même très rapidement. Mais encore faut-il savoir dans quel environnement on évolue, comprendre l’architecture de ce que l’on construit et être capable de superviser ce qui est généré. Sans ce regard, on risque surtout d’assembler des fragments dont on ne maîtrise ni la logique ni les conséquences.
J’aime bien voir l’IA comme un orchestre extrêmement talentueux : les musiciens savent jouer, et certains passages peuvent être exécutés avec une virtuosité impressionnante. Mais pour que l’ensemble produise une œuvre cohérente, il faut quelqu’un derrière le pupitre, un chef d’orchestre qui sait exactement ce qu’il veut entendre, qui comprend la partition et qui sait orienter chaque intervention au bon moment. Sans cette direction, on peut obtenir du son… mais pas forcément de la musique.
Pour l’accessibilité, la question est encore plus sensible. Ajouter un label à un bouton est une chose ; concevoir une interface réellement confortable pour un lecteur d’écran en est une autre. L’ordre de navigation, la cohérence des interactions, la manière dont l’information est restituée, la fluidité du parcours utilisateur : tout cela relève d’une vision d’ensemble.
Autrement dit, l’IA peut être un formidable accélérateur. Mais elle reste un outil — un peu comme un marteau : extrêmement efficace pour planter un clou, à condition de savoir où frapper et pourquoi. Pour en tirer le meilleur, il faut généralement connaître l’environnement de développement, être capable de superviser et d’orienter ce qui est produit, et posséder une véritable expérience de l’accessibilité — à la fois en théorie et en pratique, y compris dans ses dimensions techniques.
Et puis il y a aussi un aspect dont on parle peu : savoir où chercher quand quelque chose ne fonctionne pas. Quand un problème apparaît, l’IA n’est pas toujours la plus utile ; il faut parfois aller consulter la documentation, comprendre le fonctionnement du framework, analyser ce qui se passe réellement dans le code. Cette capacité d’enquête et de diagnostic fait aussi partie du métier.
Sans cette combinaison — vision, expérience technique et compréhension de l’accessibilité — on peut certes obtenir quelque chose qui fonctionne visuellement, mais pas nécessairement une application réellement pensée pour tous ses utilisateurs.
Kevin
Mathieu Martin
Modérateur
@Kevin, je suis 100’% d’accord avec toi! Et grace à se que tu soulignes, j’ai clairement augmenté en compétences!
Et selon moi, google et les forums sont loin, mais très loin d’être mort !
Kevin
Maître des clés
@Mathieu : Je partage complètement ton point de vue. L’IA peut accélérer beaucoup de choses, mais elle ne remplace pas le chemin d’apprentissage qui passe par la recherche, la lecture de documentation et les échanges sur les forums.
Pour ma part, ayant supervisé le développement d’une application iOS depuis plus de dix ans avec Edencast (sans même parler du site Web lui-même), j’ai pu constater à quel point la progression passe souvent par là : chercher, comparer, comprendre ce que font réellement les frameworks, et parfois passer du temps à démêler un comportement qui ne correspond pas à ce qu’on attendait.
L’IA peut être une aide précieuse pour ouvrir des pistes ou faire gagner du temps sur certaines tâches, mais lorsqu’un problème sérieux apparaît, il faut presque toujours revenir aux fondamentaux : la documentation, les retours d’expérience d’autres développeurs, et cette part d’enquête qui fait aussi le sel du développement.
Donc oui, je te rejoins complètement : Google et les forums sont très loin d’avoir dit leur dernier mot.
Assaad
Participant
Bonjour à tous,
Et encore un nouveau fabuleux sujet que je me réjouie de me faufiler dedans pour y apporter ma petite pierre, et donc, je me permets de partager mon expérience en tant que non-voyant utilisant Claude Code depuis quelques semaines.
Deux projets me tiennent à cœur en ce moment. Le premier : rendre le jeu Outer Wilds jouable avec un lecteur d’écran. Le jeu tourne sous Unity, l’accessibilité n’était clairement pas prévue à la base — pourtant, il est aujourd’hui jouable à environ 70 %. La bataille avec le moteur 3D continue, mais c’est quelque part amusant de forcer une porte que personne n’avait pensé à ouvrir.
Le second : créer un lecteur d’écran pour la PSP, cette petite console de 2004 qui m’est chère. Et hier soir, les premiers mots en sont sortis. Je vous laisse imaginer ce que ça fait, j’ai une petite expériance avec le codage, que ce soit avec python pour faire mes propres addon NVDA, mais aussi des script js pour améliorer le Voice Over du mon mac. mais je dois l’avouer, l’IA m’a permis de voir le sujet du développement d’un autre engle, au lieu de pleurer sur mon sort, je vais reprendre mon destin en main et faire ce qu’il ya à faire pour améliorer mon quotidien,
Vos points sur les limites de l’IA, je les confirme complètement. Elle ne fait pas le travail à notre place — elle travaille avec nous, à condition de savoir l’orienter. et cette vision je l’ai adopté depuis le premier jour ou les IA est devenu un sujet sensible pour la société, elle est comme n’importe outil; c’est l’humain qui en fait l’usage, si tu t’en sers bien avec la connaissance et l’expériance nécessaire, ça peut devenir un magnifique allié, Pour l’accessibilité en particulier, c’est à nous, utilisateurs concernés, de porter cette exigence dans le dialogue.
et d’une manière généralle, le développement avec l’ia ça peut être pour un débutant une nouvelle voie pour l’autonomie,
mais pour un développeur affirmé ça peut devenir réellement un outil redoutable pour économiser un temps fou, et donc créer quelque chose de merveilleux, je prie pour que les quelques dev qui néglige l’accessibilité de leur projet, faire un effort, et piloter leur IA pour les aider dans cette tâche qui leur semblait peut être ingrate, mais qui ne l’est pas réellement,
En tout cas, c’est un avis totalement subjectif de ma part, pour les gens qui veulent créer, bidouiller, modder — ces outils ouvrent des portes qui étaient auparavant hors de portée. Pas magiquement. Mais réellement 🙂
bien à vous.
Kevin
Maître des clés
Bonjour Assaad,
Merci pour ce témoignage, et surtout pour ces projets qui ont quelque chose de très stimulant. Il y a dans ce que tu racontes une dimension que je trouve particulièrement intéressante : cette capacité à reprendre la main sur des outils ou des environnements qui n’avaient tout simplement pas été pensés pour nous.
Rendre Outer Wilds jouable avec un lecteur d’écran ou faire parler une PSP relève presque d’une forme d’exploration technique. Ce sont précisément ces initiatives qui font avancer les choses, souvent bien plus que les discours théoriques sur l’accessibilité.
Pour autant, l’expérience montre aussi que ces nouveaux outils ne produisent pas automatiquement des résultats utilisables. Il m’est déjà arrivé de parcourir des sites générés en « vibe coding », et l’expérience avec VoiceOver était parfois assez déroutante : navigation incohérente, éléments sans logique apparente, enchaînements difficiles à comprendre… On sent très vite quand une interface a été assemblée sans réelle réflexion sur la manière dont elle sera parcourue avec un lecteur d’écran.
Ce contraste est intéressant, parce qu’il montre justement ce que tu évoques : ces technologies deviennent réellement puissantes lorsqu’elles sont pilotées par quelqu’un qui a une intention claire et une compréhension des usages.
Et dans le domaine de l’accessibilité, cette dimension reste centrale. Les outils peuvent ouvrir des portes, accélérer certaines étapes ou rendre des expérimentations possibles. Mais ce sont toujours les personnes qui vivent ces situations au quotidien qui apportent la sensibilité nécessaire pour que les choses prennent une forme réellement utilisable.
En tout cas, tes projets illustrent très bien cet esprit d’exploration. Je suis curieux de voir jusqu’où ils pourront t’emmener. 😊
Assaad
Participant
Merci beaucoup Kevin pour ce retour qui fait vraiment chaud au cœur.
Tu soulèves quelque chose d’important sur la fiabilité non absolue du code avec l’ia, coucou le débogage. Pour un petit projet, l’IA peut s’en sortir convenablement — mais sur quelque chose de plus ambitieux, on finit inévitablement par se confronter à ce démon. Et crois-moi, pour quelqu’un qui n’a pas l’habitude du code, ça peut être d’une frustration redoutable. Je peux pas en vouloir à sony pour l’absence de quelques bibliothèques nécessaires pour la capture du texte en 2004, mon pauvre clavier se souvient précisément de cette phase infernale.
Concernant ma façon de parler de reprendre mon destin en main, j’avoue que j’en suis un peu embarrassé, ça peut sembler extrême. Mais c’est indéniable : cette idée, teintée de frustration et d’excitation de vouloir braver l’inconnu me sert de moteur. C’est elle qui me pousse à continuer.
Je renouvelle mes remerciements et bon après midi 😁
Pierre Pierre
Participant
Bonjour @Assaad, où pouvons-nous suivre l’avancée de tonmod pour outer wilds ?
Je m’excuse d’avance de dévier du sujet initial. Bonne journée.
Tu dois être connecté pour répondre à ce sujet.
