Thermomètre connecté Braun ThermoScan : l’accessibilité non-adressée

Je me suis intéressé au Braun ThermoScan en sachant très exactement ce qu’il était — et surtout ce qu’il n’était pas.
Un thermomètre auriculaire grand public, conçu pour mesurer vite, avec précision, puis se taire. Aucun discours, aucune médiation, aucune attention portée à des usages qui s’écarteraient du cadre prévu. L’objet affiche, signale, éclaire, mais ne parle pas.
C’est à partir de cette absence — volontaire ou non — que l’expérience commence.

Un geste, un signal, puis le retrait

L’allumage tient en un seul geste. Une pression brève, un bip sec : l’appareil est prêt. Il n’ajoute rien. Il ne confirme pas davantage.
L’extinction suit la même économie. Soit on insiste quelques secondes, soit on le laisse s’éteindre de lui-même, rapidement, presque discrètement, comme s’il tenait à disparaître dès que sa fonction est accomplie. Deux piles suffisent à l’animer ; des embouts jetables, modestes mais indispensables, rappellent que la précision repose aussi sur ces gestes ordinaires que l’on finit par intégrer presque machinalement.

La mesure est immédiate. On appuie, on attend à peine, et le bip revient. La température est prise. Dans cette brièveté, il y a quelque chose de rassurant : l’objet ne commente pas, ne temporise pas. Il exécute.

Une logique à apprivoiser

La logique de l’appareil s’apprend par la répétition.
À la base, le bouton d’alimentation. Au centre, un bouton long, horizontal, subdivisé en deux zones distinctes. Au sommet, celui qui déclenche la mesure, naturellement placé sous le pouce.
Le bouton central concentre l’essentiel de la tension. Sur sa partie gauche, la sélection de la tranche d’âge. Chaque pression est signalée par un bip, mais la logique est cyclique : sans repère explicite, il faut être précis, attentif, rigoureux. Sur sa partie droite, le mode nuit. Les sons disparaissent, la lampe s’allume. Une fonction pensée pour la discrétion, mais qui, pour une personne aveugle, peut rapidement rendre l’objet plus difficile à interpréter.
Rien n’est inaccessible ici. Mais rien n’est expliqué. L’objet ne guide pas : il tolère.

Une médiation imparfaite, mais décisive

L’application associée n’est pas un modèle d’accessibilité. L’usage avec VoiceOver est possible, parfois laborieux, rarement fluide. Elle exige une certaine patience, mais elle ne fait pas obstacle.
Les relevés de température y sont textuellement lisibles. Chaque mesure est accompagnée d’un pictogramme indiquant la tranche d’âge sélectionnée au moment de la prise. L’information reste visuelle, mais elle existe ; elle contextualise la donnée et évite qu’elle ne se réduise à un chiffre isolé.
L’application permet également de gérer plusieurs profils. Ce détail inscrit l’objet dans une réalité concrète : celle d’un usage familial, partagé, où la mesure de la santé ne se limite jamais à un seul individu.

Quand l’écosystème Apple prend le relais

C’est toutefois avec l’app Santé d’iOS que l’ensemble trouve son point d’équilibre.
Une fois transmises, les mesures cessent d’appartenir au thermomètre. Elles deviennent des données de santé à part entière, intégrées dans un historique clair, structuré, pleinement compatible avec VoiceOver. Ce qui relevait de l’instant — un geste, un signal sonore — s’inscrit alors dans la durée.

Ce que cet objet révèle, malgré lui

Le Braun ThermoScan n’est pas accessible. Il ne prétend pas l’être, et ne le sera sans doute jamais.
Mais il peut devenir utilisable, à condition d’en comprendre la logique, de composer avec ses silences, et de s’appuyer sur un écosystème plus vaste. Ce n’est ni un modèle, ni une solution idéale. C’est une négociation.
Et parfois, raconter ces négociations — plutôt que célébrer des promesses — est sans doute la manière la plus juste de parler d’accessibilité.


Le modèle évoqué dans cet article est disponible au tarif de 54 € sur Amazon (lien affilié).

Par Kevin

On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux.

2 commentaires

  1. Bonjour Kevin, merci pour ce test fort intéressant.
    Pour ma part, je privilégie les appareils non connectés lorsqu’il s’agit de santé, pour des Raisons de confidentialité évidente, mais il semble que ce ne soit pas la tendance dans l’industrie, et que les appareils non connectés soit en voie de disparition ce qui est bien triste.
    Bien à toi,
    Jp

    1. Bonjour JP, je comprends ton point de vue et je suis d’accord avec toi sur ce sujet. Cependant, il peut être judicieux de centraliser différentes informations et d’avoir accès à un historique global. C’est un défi de taille avec des produits non connectés, sans parler de l’accessibilité et de l’ergonomie.

      À bientôt

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