Pour un accès aux livres numériques à tous !

Depuis quelques jours, internet est agité par une plainte du SNE (le Syndicat National de l’Édition) à l’encontre du site Team AlexandriZ. Il s’agit d’une plateforme contenant des milliers de livres numériques (eBooks) « piratés ». Or si l’on peut comprendre le point de vue légitime des éditeurs et auteurs quant au manque à gagner que peut générer un site tel que celui de la Team AlexandriZ, on ne comprend pas que ces mêmes éditeurs persistent à reproduire (peu ou prou) les erreurs de l’industrie du disque.

En effet, la majorité des livres électroniques disponibles au sein des offres légales est infestée de DRM (verrou numérique) qui, s’ils permettent la restriction de leur usage, contribuent également à discriminer les personnes en situation de handicap visuel. Et pour cause, à l’exception de la boutique d’Apple, aucune des grandes plateformes légales (que ce soit Amazon (avec son Kindle), Fnac (avec son Kobo), Numilog (avec son reader), etc.) ne propose de solution d’accessibilité pour les livres qu’elle commercialise à destination des francophones. On a bien vu un petit effort de la part d’adobe, mais cela est bien loin d’être suffisant pour pouvoir lire un livre confortablement en étant handicapé visuel.

Actuellement, la seule solution que nous avons à notre disposition pour peu que l’on soit des amoureux des livres, c’est soit avoir un pied dans l’univers Apple et profiter de l’accessibilité qu’apporte VoiceOver avec iBooks, soit d’acheter, puis cracker (n’ayons pas peur du mot) les livres des autres plateformes afin de les lire sur la liseuse de notre choix. Est-ce cela, que souhaitent le SNE et les auteurs qui y sont rattachés ?

Et je ne parle pas des livres non-disponibles sur telle ou telle plateforme légale, ni de ceux qui ne sont présents sur aucune d’entre elles alors qu’ils le sont sur des sites tel que celui de la Team AlexandriZ ou dans des zones (de non-droit) encore plus obscures. Je ne parle pas non plus du prix (complètement délirant et non-justifié) des livres numériques qui (pour beaucoup d’entre eux) sont aussi chers voire plus encore que la version du livre papier.

Je n’ai aucune objection à ce que les éditeurs et les auteurs soient (à juste titre) rémunérés pour leur travail mais de grâce, évitons de tomber dans le schéma répressif jadis adopté par les majors du disque, pour aboutir au résultat que nous connaissons tous aujourd’hui. La lecture doit rester un plaisir pour tout un chacun et non un calvaire. Ne croyez pas que la répression mènera à davantage de gains, bien au contraire. En agissant de la sorte, vous ne ferez que pousser un peu plus vos lecteurs vers des plateformes comme celle de la Team Alexandriz ou bien pire encore. Retirez vos DRM qui ne font que nuire à vos clients honnêtes et marginalisent les aveugles et mal-voyants. Les livres au format DAISY c’est pratique, mais encore faut-il que l’offre corresponde à celle des catalogues accessibles au grand public en temps réel et que le contenu soit lisible sur le support de son choix.

A une époque où l’on cherche à pousser les déficients visuels vers l’intégration à tout prix, aidons-les à être plus autonomes et donc mieux intégrés et cela passe nécessairement par un accès identique à celui des personnes bien voyantes aux livres. Le format ePub permet assurément d’y parvenir, à condition de le libérer de ses chaînes !

Je terminerai ce billet en remerciant chaleureusement les éditeurs (trop peu nombreux) à avoir retiré les DRM de leurs livres et je souhaite qu’ils servent de modèle à ceux qui persistent à foncer dans le mur (et en claxonant qui plus est).

7 réflexions sur « Pour un accès aux livres numériques à tous ! »

  1. … dans le mur et en écrasant quelques-uns ! comme la bibliothèque SESAME qui c’est enférer dans un formmat propriétaire pour ses livres au format texte qui n’est lisible que sur des terminaux braille ou devant son ordinateur !
    cette bibliothèque est riche de milliers de bouquins, elle a sans doute étée la première en france à proposer des livres aux formats numériques, elle a l’agrément pour accéder aux fichiers source des ouvrages récents et par peur elle c’est enfermée.
    depuis que j’ai un Iphone je redécouvre la joie de pouvoir lire, certe à des prix prohibitifs, des livres récents, en même temps que mes amis mais quelle misère de savoir que tant d’ouvrages étaient, sont et resterons innaccessibles par peur ou crainte.
    De l’audace toujours de laudace encore de l’audace !! eh ben non tout le monde dans le ran…

  2. Bonsoir,

    super résumé ! Merci de dire tout haut ce qu’on pense tous.

    Il y avait les assises du Livres Numériques aujourd’hui et une plainte est ressortis : manque de financement pour la protection des livres …

    Ils font aussi une différence entre DRM et MTP, trop technique pour moi mais si je comprends c’est la fameuse double protection et là, il a été dit que les MTP ne doivent pas faire obstacles au bénéfices d’exception dont l’accès aux personnes handicapées … Il a aussi été question du Waltermarking (tatouage numérique) que certains éditeurs privilégient aux DRM avec notre nom dans le fichier qui si j’ai compris permet de suivre le livre mais pas de le protéger.

    Espérons qu’ils se décident à renoncer aux DRM. 🙁

  3. Sans parler du fait que seul Eurobraille permet de lire ces livres… Double barrière pour empêcher l’accès au numérique. En tous cas, bravo pour ce billet de bonne humeur.

  4. D’autant qu’il existe bien d’autre solutions qui ne nuiraient ni à l’accessibilité pour tous, ni aux droits d’auteurs. On peut par exemple imaginer un droit d’installation sur une nombre limité de supports pour un même propriétaire de l’ouvrage. Malheureusement, cette frilosité du monde très conservateur de l’édition nedate pas d’aujourd’hui. A l’époque de Braillesoft (1992), ce fut un combat quotidien pour obtenir l’autorisation de numériser les livres et les rendre disponibles aux handicapés visuels. Il a fallu, là aussi, développer une application spéciale pour les lire. Pour ceux qui veulent aller dans lemur, tant pis pour eux. D’autre prendront leur place.

  5. Je viens faire part ici d’une expérience malheureuse : j’ai acheté très récemment deux livres epub sur une grande plateforme de téléchargement légale. Il m’a été impossible d’en retirer les DRM comme j’avais pu le faire auparavant avec d’autres livres et avec l’aide du tuto d’Edencast à ce sujet.

  6. Non mais franchement, est-ce qu’on nous cassait les pieds avec les livres papiers ???
    On peut les donner, les prêter, et même les lâcher dans la nature, on les trouve en bibliothèque, on peut les photocopier…
    On pouvait aussi les retranscrire en braille, de mon temps, et personne ne faisait chier…
    Tiens, ça me rappelle le hallali des éditeurs sur le photocopillage, et on a vu avancer la législation et la jurisprudence sur le droit de citation (faut qu’elle soit courte, sinon panpan).
    Si les éditeurs le pouvaient, je pense qu’ils leurs colleraient désormais des DRM… aux livres papier…
    En oubliant que d’une certaine manière, le fait que l’on puisse librement partager des ebooks contribue à la publicité d’un livre et de son auteur, on appelait ça la fortune critique, du temps des livres papiers, on appellerait ça le référencement, en ce jour où tout est marketé, et vu à la petite lorgnette des petits intérêts économiques à court terme.
    Les éditeurs ignorent-ils que quand on aime un auteur, on souhaite le rémunérer, et donc acheter des livres papiers ou des ebooks, après avoir testé la lecture d’un ebook partagé ???? Eux qui les distribuent généreusement à des critiques, ou des professionnels du livre qui ne prennent même pas la peine de les lire, j’en ai eu moultes fois la preuve dans des circonstances aussi différentes qu’étonnantes…

    Alors si TeamAlexandriz permet à la fois
    d’accéder aux ebooks dans des formats lisibles aussi bien par des voyants que les mal ou non voyants,
    et fait aussi office de bibliothèque municipale numérique pour toute une partie de la population
    qui n’a pas les moyens de se payer de bouquins (et ça peut arriver à tout le monde de nos jours),
    qui ne peut accéder facilement à de la littérature écrite ou traduite en français, on oublie trop souvent les expat, qui ont du mal à garder un contact avec la langue. On oublie trop souvent si on n’est pas voyageur qu’il n’est pas facile d’accéder à des ebooks payants francophones quand on ne se trouve pas en pays francophone, on peut même se faire supprimer ses ebooks par Amazon)….
    Et bien, je trouve un poil crétine, limite, indécenten la procédure des éditeurs, qui oublient un peu vite tous les services que ce type de « pirates » rendent à la fois à la communauté de lecteurs francophones et francophiles, et les services qu’ils leur ont rendu, à eux, éditeurs, en faisant découvrir des auteurs et des livres, et qui ont de manière tout à fait vérifiable, généré de vrais achats de livres papiers et numériques…

    J’espère que je suis pas partie dans tous les sens, mais j’ai tilté sur cet article, et je nous souhaite de trouver des moyens efficace de nous faire entendre, et de soutenir la Team Alexandriz…
    Vive notre grande bibliothèque numérique !

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