Edito du 20 juin 2014 : il était une fois VoiceOver

Il y a près de cinq années, débutait l’une des plus grandes révolutions que les déficients visuels allaient connaître avec le braille, la canne blanche et quelques autres, je veux bien évidemment parler du jour où Apple a annoncé que l’iPhone intègrerait désormais un lecteur d’écran à part entière et qui plus est, sans aucun surcoût pour l’utilisateur. Portant le doux nom de « VoiceOver », cette solution d’accessibilité permettrait à n’importe quelle personne aveugle de manipuler le plus célèbre des téléphones cellulaires à écran tactile, lequel était l’objet de toutes les convoitises grâce à une interface intuitive révolutionnaire…

Retour vers le passé, un peu d’histoire

A cette époque, d’aucuns auraient pu penser que la mirosphère se lancerait à corps perdu à l’assaut du dit téléphone, mais c’était sans compter tous ceux qui, à juste titre, avaient été quelque peu échaudés par les tentatives de proposer des lecteurs d’écran dotés d’une gestuelle tactile sur certains terminaux Nokia de la part de quelques éditeurs issus du handicap business… à l’instar de Nuance avec Talks pour ne citer que ce dernier. En outre, c’était l’époque où les opérateurs mobiles subventionnaient à tour de bras tout ce qui avait le mot « accessibilité » dans son nom ou sa description et puis, il faut bien reconnaître que rares étaient ceux d’entre nous qui étaient assez aventuriers pour troquer leur bon vieux Nokia à clavier physique contre une espèce de miroir connecté (rire) !

Eloquence : 0, Virginie Compact : 1

Comme à l’accoutumé, ce sont majoritairement nos amis outre-atlantique anglophones qui ont franchi le pas, nous les « Frenchis », on a toujours un train de retard… Malgré cela, Apple avait déjà intégré que la meilleure façon de séduire une population non-acquise à sa cause et dont les membres exploitent leur sens auditif comme personne était de leur proposer un lecteur d’écran qui leur parle avec une voix plus agréable que ce qu’ils avaient l’habitude d’entendre… on connaît la suite des événements !

Révolution, vraiment ?

Après tout, on pourrait arguer que ce terme est un tantinet galvaudé, voire dévoyé, tant il a été utilisé ces dernières années… tout du moins pour peu que l’on ait jamais réellement utilisé l’iPhone avec VoiceOver sans préjugé. En effet, à l’exception des anti-Apple primaires et les individus du même acabit, nul n’osera se risquer à prétendre que ce terminal communiquant n’a rien apporté aux aveugles et mal-voyants en terme d’autonomie (avec un grand A).

Autonomie, rien que ça…

Oui, n’ayons pas peur du mot ! Et pour cause puisque grâce à Apple et son iPhone, les déficients visuels peuvent notamment :

  • Communiquer à l’oral et par écrit avec leur entourage ;
  • Se géolocaliser et obtenir des informations sur leur environnement ;
  • Savoir le temps qui fait aux alentours (météo) ;
  • Surfer sur internet ;
  • Connaître l’horaire de passage des transports en commun de certaines villes ;
  • Consulter des articles de presse issus d’une kyrielle de journaux dans différents domaines ;
  • Accéder à un nombre considérable de livres en temps réel au même titre que les personnes dites « valides » ;
  • Programmer un minuteur, un réveil, un chronomètre, un rappel… ;
  • Se divertir, jouer ;
  • Ecouter leur propre musique, la radio ;
  • Enregistrer des notes écrites ou vocales ;
  • Numériser du texte ;
  • Utiliser les réseaux sociaux ;

Tout ça au sein d’un seul appareil, dont l’évolutivité applicative ne se limite qu’à l’imagination de son utilisateur. Si ça, ce n’est pas être autonome, alors j’ignore ce que ça peut bien être !

Un édito sous forme d’hommage

Parmi les arguments que l’on nous ressasse régulièrement, encore qu’il a tendance à se faire de plus en plus rare à notre époque, c’est celui qui consiste à dire qu’Apple n’a implémenté VoiceOver au sein de son téléphone mobile que pour en vendre davantage ou encore parce qu’elle aurait été forcée de le faire par le gouvernement US (Disability Act)… c’est sûr, nous, les miros, on est tellement nombreux que Steve Jobs ne pouvait se permettre de passer à côté d’une population aussi importante, pour un peu, on aurait presque de quoi rendre jaloux les Chinois ou les Indiens…

En vérité, quiconque prend le temps de s’informer sur Apple et son histoire apprendra que l’accessibilité a toujours été intrinsèquement dans son ADN et ce, depuis même le siècle dernier (années 80) puisque certains de nos bons vieux ordinateurs arborant une pomme en guise de logo intégraient déjà une solution vocalisée en standard.

Cet édito n’est qu’une modeste contribution de la part d’un simple utilisateur pour dire merci à Apple, étant donné ce qu’elle a fait et continue de faire pour les déficients visuels. Et si certains d’entre nous ont fait fi de toutes ces choses pour se complaire dans la critique acerbe au moindre bug apparent, alors les alternatives ne manquent pas et si celles-ci existent aujourd’hui, c’est également en bonne partie grâce à Apple…