Android et accessibilité, six mois plus tard

Comme promis, voici mon retour d’expérience après des mois d’utilisation d’Android au quotidien sur tablette et téléphone.

Introduction

Avec la sortie d’Android Jelly Bean (4.1) à l’automne 2012, l’heure était venue pour moi de redonner une autre chance au système mobile le plus répandu au monde, malgré le peu d’attrait suscité par les versions 2.X en terme d’accessibilité. Je me suis donc mis en tête d’acquérir une Nexus 7, la meilleure façon d’apprivoiser le système de Google compte tenu de son prix. Mais entre-temps, une lectrice (que je remercie chaleureusement) a fait don d’une Nexus 7 neuve à Edencast, ce qui m’a permis d’acheter le Nexus 4 en parallèle et, ainsi bénéficier de l’expérience Android la plus complète qui soit.

Ici, je ne mentionnerai que les Nexus sous la dernière version au moment de la publication de cet article (soit la 4.2.2), car il s’agit sans nul doute des meilleurs terminaux Android en terme d’accessibilité native (étant totalement dépourvus de sur-couche additionnelle (constructeur ou opérateur)). Je ne mentionnerai pas non plus les lecteurs d’écran alternatifs, tout ce qui m’intéresse, c’est l’accessibilité native au déballage.

Par ailleurs, je tiens à préciser que, bien qu’étant un Apple maniaque (comme beaucoup d’entre vous le savent), cela ne m’a aucunement empêché de rester objectif durant cette période de test.

Premier contact

A partir d’Android 4.0 et plus encore sous Jelly Bean, Google nous promet une activation accessible et donc sans l’aide d’une personne tierce par le biais d’un geste à effectuer sur l’écran. Or, sur la tablette, le geste en question n’a jamais fonctionné tandis que cela a été le cas du premier coup sur le Nexus 4. Il faudra un jour que je me motive à réinitialiser ce dernier afin de vérifier s’il répond à tout les coups mais de fait, je ne suis pas vraiment certain de m’en sortir seul si le cas de figure devait à nouveau se présenter.

Configuration

A l’instar d’iOS, la première configuration est un véritable jeu d’enfant et l’accessibilité ne présente pas d’accrocs si ce n’est la nécessité de brancher un casque pour entendre les caractères saisis dans des champs de mot de pass (notamment le WiFi et le compte Google). C’est pour moi une erreur d’imposer ce comportement au premier contact, bien qu’il soit possible de le changer à postériori dans les paramètres d’accessibilité. De plus, il n’est pas possible de modifier la langue du terminal pour qu’il nous parle en Français sans que la synthèse vocale devienne instantanément muette et il n’y a qu’un voyant qui puisse achever le processus de configuration. Android semble avoir besoin du WiFi pour mener à bien cette modification. Sur un iBidule par exemple, tous ces problèmes n’existent pas.

Android et le braille

En tant que brailliste invétéré, j’ai été surpris de constater l’absence totale de ce dernier en standard dans Android. Il a fallu que je me procure le service sur le Play Store. Une opération simple en soi, mais qui requiert tout de même quelques connaissances techniques sur la manière dont fonctionne le système et son lecteur d’écran. Sur iOS, je connecte ma plage braille en Bluetooth, et elle est instantanément opérationnelle. Cela dit, j’ai été tout de même ravi que mes deux plages braille (Esys et Focus Blue) aient été automatiquement reconnues par BrailleBack.

L’interface

Globalement, je ne puis dire que l’accessibilité d’Android présente de grosses failles avec TalkBack. La plupart des applications natives fonctionnent correctement. Toutefois, si vous avez l’habitude d’utiliser l’agenda sous iOS, vous risquez d’avoir de mauvaises surprises avec celui d’Android car TalkBack ne fait pas de l’interface de l’application quelque chose d’agréable à utiliser au quotidien. Il en est de même en ce qui concerne Chrome (le navigateur web). Malgré les mises à jour successives et bien que l’on soit actuellement à la version 4.2.2 d’Android, l’accessibilité est loin d’être au niveau de Safari avec VoiceOver. Heureusement, on peut y remédier en utilisant Firefox, mais ce n’est pas une application native.

La saisie de texte quant à elle, s’apparente à celle sous iOS, bien qu’elle connaisse régulièrement des ratés. Parfois, l’on doit s’y reprendre à plusieurs reprises pour inscrire un caractère à l’écran ou basculer entre les lettres et les nombres. De plus, il n’y a actuellement aucun moyen à ma connaissance de saisir manuellement des lettres accentuées, ni même de sélectionner du texte et encore moins de manipuler le presse-papier.

Enfin, peut-être que certains d’entre vous me prendront pour un fou, mais je tiens à mentionner la fonction photo. Aussi étrange que cela puisse paraître, j’aime me servir de la fonction photo de mon iPhone. Que ce soit pour photographier des gens de mon entourage ou montrer quelque chose de mon environnement à une personne distante afin qu’elle puisse m’aider à identifier des éléments visuels par exemple. Mais si tout cela fonctionne agréablement bien sur mon iPhone, force est de constater que ce n’est pas du tout le cas sous Android. Il n’y a aucune indication des visages par TalkBack, et il est difficile d’obtenir des informations sur les photos que l’on prend.

La gestuelle de TalkBack

Déroutante de prime à bord, je m’y suis habitué assez vite. Le seul véritable problème réside dans le défilement des listes qui nécessite de devoir changer d’écran et certains gestes à effectuer en deux temps. Certains utilisateurs risquent d’avoir du mal à les exécuter ou de ne pas trouver ce système très fluide et naturel.

Android au clavier

Si la plupart des gestes sont réalisables à partir d’un clavier, on ne peut pas vraiment en dire autant pour tout ce qui concerne la lecture de l’écran avec TalkBack … pourtant, il fut un temps où l’on pouvait le faire. Du coup, il faut garder le terminal à proximité.

La lecture de livres

C’est l’un des plus gros points faibles d’Android, à mon humble avis (en tant que bibliovore). L’application native n’est capable que de lire du texte par le biais de la fonction TTS du système, donc inutile d’espérer pouvoir lire un livre confortablement en braille. De même, il est difficile de naviguer dans un livre pour chercher un mot ou annoter du texte. On peut (peu ou prou) tenter de compenser ces faiblesses grâce à des applications tierces, mais cela reste du bricolage quoi qu’il en soit. Sur mon iPad Mini et mon iPhone, iBooks fait superbement bien le job que je veuille lire en braille ou par le biais de Thomas. Enfin, Play Book ne permet pas d’importer nos propres ePubs, alors que c’est le cas d’iBooks et ça, ça m’exaspère au plus haut point. Je suis donc contraint de farfouiller sur le Play Store pour trouver une appli qui daigne accepter la majorité de mes livres.

Navigation GPS

Google Maps étant l’un des plus puissants service de navigation GPS au monde, je me suis dit que TalkBack le supporterait au top. Que nenni ! Il vaut mieux faire une croix dessus du moins, pour le moment. Néanmoins, on peut tenter de compenser avec l’application Walky Talky (gratuitement disponible sur le Play Store). Cela fonctionne relativement bien.

Les applications du Play Store

Beaucoup d’applications issues du Play Store sont nativement accessibles, néanmoins on retrouve souvent des boutons non-labellisés au sein de leur interface et, contrairement à VoiceOver, on ne peut pas les corriger. De la même manière, il est difficile d’évoluer au sein d’une interface fournie, car il n’existe pas de sélecteur d’éléments dans TalkBack. Cela dit, le nombre impressionnant d’applications accessibles en standard m’a vraiment bluffé.

Podcasts

Eh oui, c’est super important les podcasts ! Malheureusement, je n’ai toujours pas trouvé l’application qui répond à mes besoins comme le fait (avec brio) celle d’Apple. Il en est de même, en ce qui concerne les flux RSS, ce n’est pas très fameux du côté accessibilité à ce niveau-là … mais je continue de creuser.

Réseaux sociaux

Twitter officiel fonctionne plutôt bien, même mieux que la version iOS. Quant à FaceBook, ce n’est ni plus ni moins qu’un site web encapsulé dans un conteneur HTML. En ce sens, la version iOS s’en sort beaucoup mieux, depuis qu’il s’agit d’une application native en Cocoa Touch dans sa structure.

En conclusion

Depuis que l’accessibilité est apparue dans Android (1.10), force est de constater que le progrès réalisé par Google est loin, très loin d’être négligeable. On dispose à présent d’un système dont l’accessibilité n’a plus grand chose à envier à ce que l’on peut trouver sur les terminaux Apple. C’est notamment agréable de pouvoir bénéficier d’autres voix de synthèse que celle de Google, horrible à souhait. Et contrairement à iOS, quand on achète ces voix, l’achat est définitif et elles sont disponibles dans tout le système ! C’est assurément un gain d’argent et de place. En revanche, Android présente de sérieuses failles d’accessibilité qui, en ce qui me concerne, m’empêchent d’être vraiment productif au quotidien. Mon iPhone, c’est clairement ma troisième main et, je n’ai pas réussi à atteindre ce niveau de confort avec le Nexus 4 sous Android 4.2.2. Je ne citerai que deux exemples, la possibilité de déplacer rapidement le curseur à l’endroit de mon choix dans un sms ou de réaliser un simple copier / coller avec le lecteur d’écran.

Néanmoins, cela ne fait pas d’Android un système au rabais pour autant, au contraire. De par son ouverture, il n’y a pas grand chose qui ne puisse être corrigé à moyen terme et ce, d’autant plus que l’équipe de Google en charge de l’accessibilité est vraiment à l’écoute des utilisateurs. Mais pour ma part, l’idée de me balader avec deux téléphones au quotidien pour compenser les faiblesses d’Android n’est pas de mon goût. A moins bien évidemment, que ce soit dans le cadre professionnel.

Maintenant, ce que j’écris ici reste un avis personnel, et je ne doute pas qu’Android puisse convenir à des gens ayant des besoins quelque peu différents. Quoi qu’il en soit, je n’abandonne pas mes terminaux Google pour autant, ne serait-ce que pour pouvoir garder un oeil sur l’évolution d’Android (bientôt la prochaine version) et continuer de vous en parler sur Edencast à l’occasion.

Comme on peut le constater, l’accessibilité au sein de produits grand public est en bonne voie de généralisation et ce, pour notre plus grand bien. Qui aurait imaginé il y a une dizaine d’années que les déficients visuels auraient le loisir de débattre sur tel ou tel terminal tactile ? Pas moi en tout cas. Et en réalité, c’est tout ce qui compte et non de savoir si c’est iOS ou Android qui est le meilleur. La seule chose qui importe, c’est notre autonomie, quels que soient les moyens mis en oeuvre en vue de l’atteindre.

Kevin

15 réflexions sur « Android et accessibilité, six mois plus tard »

  1. Hello,
    Un grand merci pour ce retour très complet et *objectif*.
    Je ne cache pas que je soit un peu déçu de tous les points négatifs mentionnés en particulier en ce qui concerne la lecture de livre et le support braille, mais attendons encore, je suis certains que l’on arrivera vraiment à quelque chose digne de ce nom ;). D’autant plus s’ils sont à l’écoute !
    Ce qui est sûr, c’est que nous pouvons que nous réjouir de la diversité qui s’offre à présent à nous. Enfin, iOS n’est plus la seule possibilité sur Smart Phone !
    Encore merci,
    André

  2. Merci Kevin pour ce retour très complet et très utile pour tous ceux qui comme moi se posent encore quelques questions, avant de faire le grand saut vers le tactile.

    C’est vraiment une bonne idée d’avoir abordé tes principaux besoins au quotidien dans ce petit comparatif et je te remercie d’avoir pensé au braille.

    En ce qui me concerne en tout cas, cet article vient de me conforter dans mon choix d’aller vers l’iPhone dont l’interface d’accessibilité me semble plus aboutie et plus complète. Mais je trouve très rassurant de savoir qu’on peut avoir dès maintenant une alternative tout à fait crédible avec Androïd, qui me semble sur la bonne voie pour faire bientôt aussi bien dans ce domaine.

  3. Bonjour,

    Finalement, l’option Télorion semble quand même séduisante pour tout aveugle intéressé par Android et souhaitant néanmoins rester productif. par contre, sais tu si Télorion peut synchroniser des contacts, un aganda et des notes avec un PC ou un Mac?

  4. Bonjour mercie pour se résumé!! pour ma par après avoir tendu la main ver android, avec la marque wiko ou les touches de l’appli. téléphone n’était pas prononcé, je l’ai a ce jour revandu , je suis revenu sur l’achat de l’iphone 5 et je peu le dire j’ensuis ravi.

  5. Salut Kevin, merci pour cet article encore une fois très complet.
    Es-tu en contact avec Google pour tous et problèmes d’accessibilité ? J’imagine que oui.

    1. Coucou Vaness, non, pas spécialement. La seule chose à faire étant de signaler les bugs sur le site du projet Eyes-free (en Anglais) 🙂

  6. Bonjour et merci pour ce retour d’expériance concordant avec lemien ayant eu le nexius 4 entre les mains pendant quelques semaine. J’avoue que la navigation web m’a déçue. Je vais donc m’en séparer au profit du prochain Iphone car il faut bien avouer que IOS reste quand même ce qu’il y a de plus abboutit en terme d’accéssibilité. Certaines appmications disposent de moins de fonctionnalité que leur alter ego sous IOS, je pense nottament a heytel. Mais j’ai constatée que les mêmes sourses d’erreures se voient aussi sur le Galaxy S III mini. On peut désactiver les sonneries ou le son depuis le menu d’arrêt du smartphone ce qui peut valloir quelques gallères aux novices. Le mode dicter ne vaut pas, loins de là, celui de l’Iphone. Cependant le correcteur d’orthographe est efficace et sur le ckavier la présence de l’apostrophe et du point seraient les bienvenus sur l’Iphone.

    Le smartphone parfait n’existera jamais mais en prenant le meilleur d’IOS et d’android on s’en approcherait. Maintenant, ne reste plus qu’a voir si windowsphone prendra le train de l’accessibilité… ou pas.

    Marie-Laure

  7. Bonjour, après plusieurs mois sur IOS, j’ai écouté avec beaucoup d’intérêt vos articles sous android. J’ai pu grâce à eux me mettre à Android avec beaucoup de plaisir. Je ne reviendrais pas à iPhone maintenant. J’ai eu le galaxy note 2 puis le nexus 4 maintenant.

  8. merci beaucoup Kevin pour ton article. je suis depuis deux ans dépendante de mon iphone. je suis donc depuis peu passé à un un mac book pro. tout est si intuitif. néanmoins, je suis curieuse et je déteste que les choses ne me soit pas accessible; c’est pourquoi, je suis ravie de voir que chez Google, cela avance. je suis certaine que bientôt, nous aurons le choix. stéphanie.

  9. Merci Kevin pour ce retour tout à fait complet. Avec un nexus 4 depuis 2 mois je rencontre des difficultés différentes de celles que tu as signalées :
    la gestuelle de talkback est peu performante car il faut souvent s’y reprendre à plusieurs reprises pour obtenir le résultat attendu, et de temps en temps on obtient un résultat différent.
    -si le clavier général fonctionne bien pour moi, celui du téléphone est pratiquement inutilisable, probablement en raison d’un mauvais emplacement des touches appel et effacer, sur lesquelles il faut appuyer, au lieu de lever le doigts.
    -enfin une dernière difficulté tient à la quasi impossibilité d’accéder à l’écran de commande lorsqu’on a pris une communication téléphonique, ce qui interdit d’utiliser les services de messageries vocales.
    Au total ce n’est pas très enthousiasmant, d’autant qu’à paris, la 3 G est loin de tenir toute ses promesse, étant souvent saturée.
    encore merci pour ton travil, bonne continuation

  10. Bonjour, Je me pose depuis une bonne année la question de savoir si je passe à l’Iphone ou à Androïd. Comme je préfère l’open source au privateur je suis plutôt satisfaite de voir qu’Androïd fait des progrès sur le chemin de l’accessibilité ! Tout en reconnaissant qu’Apple garde de l’avance tout de même, mais financièrement il y a aussi une belle différence.
    Je voudrais savoir si sous Androïd, le degré d’accessibilité dépend du type de téléphone acheté ou pas : est-ce qu’un Samsung et un Wiko ou un LG auront les mêmes fonctionnalités, et les mêmes performances côté accessibilité ?
    Est-ce qu’en matière d’appli intéressantes et accessible, Androïd et Apple sont équivalents ?
    Et en ce qui concerne les accessoires ?
    J’ai déjà un Mac, si j’opte pour Androïd côté téléphone, vais-je pouvoir faire communiquer l’ordi et le smartphone sans trop galérer?
    Qu’apporte Mobile Accessibility à Androïd puisqu’il y a déjà Talkback ?
    VoiceOver est natif sur Iphone, il suffit de l’activer pour le mettre en route. En va-t-il de même pour Talkback sous Androïd ?
    Merci de vos réponses.

  11. Dorothée, je partage quasiment l’ensemble de tes interrogations. Si certains peuvent y répondre, je les en remercie. Kevin et ses complices et compaires, je vous remercie pour la clarté de vos podcasts et commentaires qui éclairent je pense néophytes et impressionnés qui n’ont pas fait le plongeon. une petite suggestion: qu’on ait, audessous de la date de chaque article publié, (comme ici), la date de sa publication. àça aide à voir de quand date l’expérience rapportée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *